Considérer la crevette uniquement comme un produit de saison serait une erreur. C’est aussi une question de mémoire et d’héritage. De ne pas perdre ses racines.
La crevette rouge, c’est Barcelone. Et elle l’est parce qu’elle perpétue la mémoire d’une ville qui est encore tournée vers la mer et qui reconnaît, dans ses produits les plus prisés, un mode de vie qui lui est propre.
Un parcours qui préserve la saveur de la crevette et contribue au maintien d’un savoir-faire populaire et d’un secteur menacé comme celui de la pêche à Barcelone. Un métier aussi vieux que la ville, profondément lié à la mer et à une tradition qui résiste encore aujourd’hui dans un environnement mondialisé.
Vivant à environ 700 mètres de profondeur, la crevette rouge n’est arrivée sur les tables que vers le milieu du XXe siècle, lorsque la technologie a permis sa capture. Sa popularité immédiate en a fait l’un de nos plats traditionnels les plus récents.
Traditionnellement, la crevette n’a pas eu besoin de grands discours ni d’un habillage gastronomique sophistiqué pour être appréciée. Il suffit d’une bonne plancha ou de braises pour que son caractère s’exprime pleinement, même si elle peut aussi être la star de suquets ou de plats à base de riz plus élaborés.
Sa force réside précisément dans cette dualité : délicate, mais à la saveur intense ; simple, mais capable de rehausser n’importe quel plat. C’est pourquoi à Barcelone comme dans la cuisine méditerranéenne en générale, la crevette est l’un des produits de la mer les plus appréciés : une expression pure de la mer et de ses saveurs les plus intenses et authentiques.
La crevette est l’un des principaux arguments contre le déclin de la pêche, car c’est l’un des produits les plus rentables et les plus prestigieux.
Tout commence sur les côtes du Garraf, au large, là où vit la crevette et où on la pêche, et jusqu’où s’aventure la flottille de bateaux de pêche de Barcelone : de petites embarcations indépendantes qui maintiennent un équilibre de plus en plus fragile entre la poursuite du métier, la subsistance et la pérennité de la population de crevettes.
Le parcours se poursuit à la criée, un élément presque insolite aujourd’hui dans une métropole européenne mondialisée : un espace où, lorsque les bateaux reviennent au port, le produit frais se vend encore à quelques mètres de l’agitation urbaine, contribuant énormément à préserver l’une des caractéristiques les plus prisées de la pêche : la fraîcheur.
De là, la crevette rejoint les restaurants, où elle est traitée comme un véritable trésor gastronomique et ferme un cercle qui associe culture, histoire et divers secteurs de la ville.